Les habitudes alimentaires des Augustines d’hier à aujourd’hui

 

Par Alix Paré-Vallerand, Guide au Musée du Monastère des Augustines

Ces temps-ci, dans les jardins du Monastère des Augustines, les arbres se dénudent et frissonnent, la température baisse et quelques flocons virevoltent dans le vent : l’hiver est à nos portes! Peut-être avez-vous l’envie de cuisiner des plats réconfortants, comme en préparaient les Augustines à l’époque? Voici donc quelques petits mots sur les habitudes alimentaires de la communauté, de leur arrivée en Nouvelle-France jusqu’à aujourd’hui…

Jardin de l’Hôtel-Dieu de Lévis, 1903

© Archives du Monastère des Augustines

Les repas au réfectoire

Avant le Concile Vatican II, l’alimentation des Augustines demeure frugale, c’est-à-dire, simple et peu abondante, comme le prescrivent les Constitutions de la communauté : « Il n’y aura diversité d’aucune viande ni d’aucune boisson pour celles qui sont en santé ». Éditées pour la première fois en France en 1631, approuvées par Rome en 1666, Les Constitutions de la congrégation des religieuses hospitalières de la miséricorde de Jésus (édition de 1923) dictent l’organisation spirituelle et temporelle des Augustines, et notamment les pratiques qu’elles doivent adopter au réfectoire. La préparation des repas relève des sœurs converses chargées également de l’entretien ménager, alors que les sœurs de chœur s’occupent de l’hôpital.

Les repas sont pris en silence, au réfectoire, et « afin que l’esprit ait sa nourriture aussi bien que le corps », une lectrice est désignée au sein de la communauté pour faire des lectures spirituelles pendant les repas du midi et du soir. Que lit-on au réfectoire? On y lit parfois un chapitre des Constitutions, les règlements de la communauté, des extraits de la vie des Saints et même le nécrologue en hommage aux sœurs décédées. Avant les années 1940, les collations entre les repas sont interdites; gare à celles qui tentent de se soustraire au règlement, la mère supérieure n’est jamais bien loin! Après le Concile Vatican II, dans les années 1960, les Constitutions sont modifiées afin d’y ajouter plus de souplesse.

Aujourd’hui, si vous dégustez le petit-déjeuner au restaurant du Monastère, sachez que celui-ci est pris en silence, un rituel en accord avec le caractère historique du lieu!

La fête de Noël chez les Augustines de Roberval

Dans une entrevue menée par la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique de l’Université Laval, sœur Marie-Joseph Bélanger du Monastère des Augustines de Roberval raconte les repas des fêtes d’autrefois dans sa communauté. Avant Vatican II, la fête de Noël était célébrée en toute sobriété au Lac-Saint-Jean; après la messe, les Augustines descendaient en silence au réfectoire où elles buvaient un bol de bouillon de poulet accompagné de biscuits soda. D’après le témoignage de sœur Marie-Joseph, le premier repas festif de Noël de la communauté n’est célébré qu’en 1964! C’est alors l’occasion pour la communauté de se réunir devant une dinde farcie accompagnée d’aspics et de purée de pommes de terre et de salades. La traditionnelle tourtière du Lac-Saint-Jean est quant à elle servie entre Noël et le jour de l’An.

 

 

 

Distribution de beignes au jour de l’an 1985 au monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec

© Archives du Monastère des Augustines

 

L’alimentation festive : quelques traditions

Au début du 19e siècle, pour obtenir un petit revenu, les Augustines vendent à la population des biscuits au sucre, des croquignoles (sorte de beignets), des meringues, des tartes et autres gâteries. Certaines fêtes se prêtent plus que d’autres à la gourmandise! Les jubilés, qui célèbrent l’anniversaire de l’entrée en communauté de chaque sœur, sont célébrés en grand avec un banquet et un gâteau de noces à plusieurs étages. Le jour de la fête de la mère supérieure, le repas est pris au jardin, si la température le permet. Le jour de la fête de Saint-Augustin, le 28 août, les Augustines s’autorisent un bon verre de vin. Chacun des douze monastères des Augustines a aussi sa recette de sucre à la crème! Préparé pour les anniversaires et les jours de fête, il est également offert à celles qui traversent des épreuves, comme de la mortalité ou de la maladie dans leur famille. Si vous visitez le Musée des Augustines, vous remarquerez en vitrine une recette de sucre à la crème au chocolat!

Chaque 31 juillet, fête de Saint-Ignace de Loyola, les Augustines avaient aussi coutume d’offrir le dessert aux pères jésuites de la rue Dauphine. Cette tradition amicale remonte au début de l’établissement des Augustines en Nouvelle-France, alors que les deux communautés s’entraident mutuellement. Bien que cette tradition ait été abandonnée il y a de nombreuses années, les moules qui servaient à confectionner le dessert sont encore conservés dans les collections du Musée; vous en trouverez un dans l’exposition permanente, ouvrez bien l’œil!

À vos chaudrons donc, et réchauffez-vous le cœur!